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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 11:26

cet écrit a été lu lors de la journée des institutions au foyer de l'étang carret de Dommartin, le 17 Octobre 2013

 

Allô Docteur, Bobo

Quand je lis les mots  prendre soin », je pense toujours au docteur. Qui n’a pas joué au docteur ? Jouer à soigner le petit frère, la petite copine, comme maman nous a soignés.

Dans nos foyers, « prendre soin » est la valeur principale de notre métier.

Prendre soin est d’abord prendre soin avec les familles. La famille est un groupe social, c’est une communauté de sang, une lignée. Mais il y a eu un accident, un des membres de cette famille est handicapé à la naissance ou après. Pour les parents, il peut avoir  un sentiment de culpabilité, renforcé par le regard de l’autre. L’enfant fait parti d’une cellule, la famille. Elle façonne ses membres, " ses composants". Le résident sait qu’il vient de quelques parts.  Nous sommes co-éducateurs avec les parents. Leurs enfants sont des adultes, être parents c'est difficile, encore + avec des adultes handicapés. C'est vrai que nous pouvons juger les carences de la part de certains parents, mais qui juge de nos propres carences.

Les parents portent un fardeau. Deux de mes proches a eu en 1942, un garçon IMC. En 1945, il rencontre pour être aidé le Dc Kholer. A la question sur le devenir de leur enfant le docteur leur conseille de l'abandonner  dans son cabinet, de l’oublier.. Aujourd’hui, Jpaul est résident au foyer Le Révolat à Feyzin.

Et les difficultés de la fratrie ?

Avec le psychologue du foyer, nous rencontrions la maman de Charles, en l’écoutant, lui racontant son fils,  les « bons actes. Elle s’étonne de nous entendre dire, de parler de son fils Charles en termes chaleureux, rappeler les paroles de Charles, comme cette expression « c’est pénible », une des premières expressions que Charles a installé dans nos échanges. J’ai encore en mémoire, le visage de la maman à la fin de l’entretien me disant que c’est la première fois qu’elle entendait  des mots « gentils » sur son fils. Son enfant adulte avait des difficultés, mais elle portait les siennes et celle de son fils

Nous avions essayé de réhabiliter une mère jugée comme pas bonne, perturbée. Je n’ai pas la compétence pour la qualifier de bonne ou de mauvaise mère. Je comprends la douleur devant les difficultés de son fils de relations entre eux, d’être mère, d'être celle qui a enfanté Charles, un être humain, non un monstre.

Suite à des réunions de travail au sein de l'équipe éducative, nous décidons  de  la mise en  place d’un  projet pour tisser  une relation entre Charles et sa mère, par le courrier. La construction de quelques choses remet de la valeur, face à des actes catastrophiques. Nous aidons le résident à se construire.  . Pour moi les mots que je dis ou j’écris,  remets de la vie, c’est un peu, un semis, la création d’un espace de vie.

Nous prenons soin par le quotidien, base de notre travail en foyer.

Nous utilisons la médiation, pour faire tiers dans nos relations. La médiation permet de tisser du lien avec la personne accueillie, de mettre un tiers dans la relation, d’installer un échange entre l’éducateur et la personne accueillie. Certains résidents ont besoin que l’éducateur ouvre des portes.

Le quotidien permet au  résident d’exister.  Le quotidien est au niveau naturel, il ne fait appel à rien. Les règles de vie organisent celui-ci, Le quotidien est la vie mais aussi le lieu de conflit entre le souhait de l’individu et les obligations de la collectivité (heure, lever, coucher, toilette..) Le quotidien est le premier labour de la journée. Comme le paysan  met  le sol en sillons séparés par une raize (rigoles servant dans les champs à l'écoulement des eaux), nous accompagnons la construction  de l’adulte.

En même temps, nos paroles et nos regards sont le  fumier, fertilisant  l’adulte. Je mets des mots. Nos écrits lui disent ce que tu fais est intéressant. , 

Nous travaillons avec les services des hôpitaux du Vinatier et de St Jean de Dieu. Certains résidents sont suivis à Vienne par un psychiatre libéral.

Les entretiens sont réguliers. Le résident se rend à l’entretien accompagné par

L’éducateur référent ou va en taxi seul.

Ce temps est le temps, où le résident s’exprime  ou utilise la parole de l’éducateur référent pour parler de sa vie. Ces rencontres  sont  la cabane à outil pour les équipes éducatives

Lors des entretiens avec le psychologue de l’établissement, lors des entretiens au Centre Médico Psychologique, nous décidons de mettre des mots, sur ce qu’il peut nous paraître monstrueux. L’entretien peut aider le résident à mettre des mots sur des images, des idées qui sont dans sa tête, peur d'un abandon, de déplaire à l'autre, d'être un peu monstrueux, le mauvais sujet de l'institution.

Le psychologue du foyer reçoit le résident à sa demande 1 fois par mois. Il est toujours accompagné par le référent.  Cette rencontre est une mise en mot. Les mots viennent rapidement modifier notre vision du résident. Mettre des mots non jugeant, permet au résident de ré exister, en tant que sujet. Lors des synthèses ou lors de l’écriture du projet personnalisé, le psychologue du foyer fait un renvoi écrit à l’équipe

.

La richesse du Reynard est les activités, les résidents nomment les activités d'externat, "Travail".  Mais  nous ne sommes pas dans un système de production de type CAT. Nous faisons attention aussi, à ne pas tomber dans une concurrence déloyale envers les horticulteurs professionnels.

Je vais vous parler du temps jardin, médiation auquel, je participe.

Depuis plusieurs années, le travail de l'atelier "jardin" est définit comme outil de relation avec les résidents et entre les résidents. Nous avons privilégié des petites productions et la diversification des plants, des cultures. La vente se fait surtout auprès des résidents désirant faire un cadeau à un parent ou à un autre collègue, auprès du personnel du Reynard.

A l'atelier jardin, le travail permet au résident, même régressé, de réaliser une chose, en semant des fleurs ou des tomates ou en ramassant un pot traînant par terre.  Plusieurs faits démontrent l'investissement des résidents à l'atelier. Les réalisations sont appropriées, les participants de l'atelier, parlent de "mes tomates", même s'il participe que par  le regard posé sur les légumes poussant. Pour nous, ce regard est aussi important que le travail réel d'autres jardiniers.

J’aurais pu vous parler de l’atelier »choisir » que j’ai monté, il y a 18 ans. Il se déroule à la médiathèque de Givors. Le résident choisit à son tour un CD. Depuis la création de l'atelier, nous goûtons des musiques différentes. La musique est le moteur de l »atelier, La musique est l’arme du futur disait Fela, saxophoniste, et  nigérian.

 

 La culture peut être conjuguée en plusieurs temps, sur des rythmes différents.

 La culture est un apport, un peu le sel le poivre et les aromates, qui relève de ce plat musical, littéraire, tout simplement la vie. La culture est la vie, notre vie. Durant cet exposé, je parle beaucoup de la vie.

Voilà   ma vision du « prendre soin », je prends soin du résident, mais aussi  je prends soin de moi. Enfin l’empathie. L’empathie est notre cheval de bataille par excellence de la communication dans notre métier. C’est l'art d'écouter l'autre pour se mettre à sa place tout en restant soi-même. Le mot empathie signifie étymologiquement  "sentir à la place de l'autre ».

Nous essayons de nous mettre à leur place ou comprendre ce que vit le résident.

La réalité nous rappelle que le foyer n’est pas le meilleur des mondes. La vie est un

long fleuve tranquille, mais avec beaucoup de cascades et de chutes. Pourtant les résidents vivent, nous aussi.

 

Octobre 2013.

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  • moniteur éducateur,  animateur d'abord de 1975 à 1977, puis directeur bénévole de centre de vacances d'enfants handicapes mentaux de 1980 à 2010. tout cela avec les éclaireurs de France
militant altermondialiste  et surtout écologiste 
je souhaite lutter pour une société égalitaire
pour la rupture avec le capitalisme ! retraité
  • moniteur éducateur, animateur d'abord de 1975 à 1977, puis directeur bénévole de centre de vacances d'enfants handicapes mentaux de 1980 à 2010. tout cela avec les éclaireurs de France militant altermondialiste et surtout écologiste je souhaite lutter pour une société égalitaire pour la rupture avec le capitalisme ! retraité

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